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29/05/2013

"biture express" (Montpellier la nuit)

lu sur :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/05/27/alcool-jeunes-des-risques-sans-moderation_3418191_1650684.html

Génération "biture express"

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 27.05.2013 à 17h57 • Mis à jour le 28.05.2013 à 11h41

Par Sandrine Cabut et Pascale Santi

Génération "biture express".pdf

extrait:

"SOCIÉTÉ ADDICTOGÈNE"

"On est dans une société addictogène, qui incite à démultiplier les sensations fortes. C'est devenu la règle. Cette société met en avant la notion d'individu plutôt que la notion de groupe. Elle valorise la réponse 'instantanée et intense', donc celle d'une substance comme l'alcool. On est aussi dans une société de la performance. Enfin, c'est une société de grande disparité économique. Autant de points qui convergent et qui expliquent ce phénomène", analyse Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien, président de la Fédération Addiction.

Les effets de l'alcool sont nombreux. Quand on demande aux jeunes filles ce qui se passe dans les soirées en terme de sexualité, la réponse est instantanée : "Hop hop hop !", plaisante Fleur. "Tout le monde se chope tout le monde", dit spontanément Romane. Les effets de l'alcool amènent à ne pas se protéger lors de rapports sexuels. Conséquences : VIH, IST, grossesses, avortements... sans parler des violences sexuelles. Ils se prennent souvent en photo, parfois se filment... pour partager leurs expériences. Ils minimisent les risques, notamment sur la route. Près d'un jeune sur quatre (39,8 %) tué sur la route en 2010 l'a été dans un accident lié à l'alcool. Les conséquences sont souvent dramatiques (accidents domestiques, bagarres...).

PRÉDISPOSITION AUX MALADIES CARDIOVASCULAIRES

Les conséquences à long terme du binge drinking sur la santé sont tout aussi inquiétantes. Des chercheurs français ont ainsi montré que les bitures du week-end sont associées à un risque deux fois plus élevé d'infarctus du myocarde qu'une consommation de la même quantité d'alcool répartie sur la semaine. De plus, des lésions peuvent se constituer rapidement, comme le suggère une étude publiée en ligne, le 23 avril, dans le Journal of the American College of Cardiology : des modifications des cellules de la paroi des vaisseaux sanguins prédisposant aux maladies cardiovasculaires chroniques sont observées chez des étudiants de 18-25 ans, adeptes des bitures express depuis le collège.

En Angleterre et au Pays de Galles, où le phénomène a commencé il y a bien plus longtemps qu'en France, les décès dus à des maladies du foie – principalement cirrhoses – causées par l'alcool grimpent en flèche depuis vingt ans (2 500 en 1987, 6 300 en 2010), alors que cette cause de mortalité est en régression dans les autres pays d'Europe.

ALTÉRATION DES STRUCTURES CÉRÉBRALES

Mais ce sont surtout les dégâts de ce toxique sur le cerveau encore en plein développement des adolescents (sa maturation se termine vers 20-25 ans) qui préoccupent. Les études sur des modèles animaux et chez de jeunes binge-drinkers, qui s'accumulent ces dernières années, sont concordantes. L'alcool peut altérer des structures cérébrales comme l'hippocampe, impliqué dans les processus d'apprentissage et de mémorisation. Avec pour conséquences de possibles déficits de ces fonctions.

Ainsi, les adeptes des bitures express doivent travailler davantage que des sujets contrôles pour atteindre le même résultat dans une tâche de mémoire de travail, conclut une étude belge, publiée fin avril dans la revue PLos One.

 VULNÉRABILITÉ DU CERVEAU ADOLESCENT

La vulnérabilité particulière du cerveau adolescent a déjà été établie pour d'autres drogues, dont le cannabis, mais l'addiction à l'alcool a des caractéristiques particulières, relève le professeur Mickaël Naassila, directeur de l'équipe Inserm ERI 24/Groupe de recherche sur l'alcool et les pharmacodépendances (GRAP), à Amiens. "Comme avec l'héroïne, le syndrome de sevrage à l'alcool est intense et puissant, ce qui est une source de rechute. Ce phénomène n'existe pas avec les psychostimulants, explique le neurobiologiste. Par ailleurs, contrairement aux autres drogues qui restent en périphérie des cellules, l'alcool diffuse dans le cytoplasme et le noyau, et peut perturber le fonctionnement des gènes." Des travaux, dont ceux de l'équipe de Mickaël Naassila, ont démontré qu'une exposition précoce à l'alcool, in utero ou à l'adolescence, est un facteur de risque considérable de dépendance ultérieure.

Pour s'en convaincre, il suffit de passer une journée dans son unité de recherche, étonnamment l'une des seules en France exclusivement consacrée à l'étude de l'alcoolo-dépendance. Dans une petite pièce de l'animalerie, fermement tenue par une chercheuse, un rat s'agite dans tous les sens en poussant de petits cris. Les poils dressés, il semble prêt à la mordre. D'un geste assuré, le professeur Mickaël Naassila saisit l'animal par la nuque, le calme en le berçant puis le remet dans sa cage. "Il est hyperanxieux, c'est un syndrome de sevrage", explique-t-il.

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sur le même sujet :

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/05/27/en-milieu-festif-ne-pas-juger-et-reduire-les-risques_3418192_1650684.html

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En milieu festif, ne pas juger et réduire les risques

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO | 27.05.2013 à 17h31 • Mis à jour le 27.05.2013 à 17h33

Par Sandrine Cabut et Pascale Santi

Que dire aux adolescents pour prévenir les usages abusifs d'alcool ? Que doivent faire les parents lorsque les comportements sont addictifs ? "Face à l'évolution très significative de la façon dont les jeunes rencontrent l'alcool, il faut qu'on s'y prenne autrement", lance Jean-Pierre Couteron, psychologue clinicien et président de la Fédération Addiction. Les messages sur les dangers ne fonctionnent pas, tout comme les discours moralisateurs. "Cela ne sert à rien de dire aux jeunes que c'est dangereux", expliquent Marguerite Arène et Catherine Jouaux de la mission prévention des toxicomanies de la Mairie de Paris.

D'autant plus que l'alcool est un produit banalisé, accessible, associé à la fête, quelle qu'elle soit. "Il y a une hypocrisie majeure des pouvoirs publics. Tout est organisé pour faire boire les jeunes. C'est malheureux qu'on n'ait pas pu restreindre la publicité pour l'alcool sur Internet", regrette M. Couteron. Il faut donc préparer les ados à anticiper, à accompagner les premières expériences.

PARADOXE

"Les consommations d'alcool massives et répétées chez les moins de 15 ans ne doivent surtout pas être banalisées et doivent alerter les parents, afin d'aller consulter", prévient le docteur Alain Rigaud, psychiatre, président de l'Association nationale de prévention en alcoologie et addictologie. "Entre 15 et 18 ans, les parents doivent ouvrir le dialogue et être attentifs si les adolescents sont dans le déni", poursuit-il. A fortiori s'ils constatent une baisse des activités, des résultats scolaires, etc.

Si de nombreux parents se disent désemparés, certains jeunes ne comprennent pas comment leurs géniteurs ne s'aperçoivent pas qu'ils mentent. Certains attendent secrètement une réponse de leur part. Paradoxe : si les parents trouvent leur ado avec un joint, ils penseront la plupart du temps qu'il a un problème ; s'il rentre ivre, ils ne s'inquiéteront pas forcément.

Dans tous les cas, il faut tenter de réduire les risques, notamment dans les espaces festifs. Par exemple, dans le département des Landes, "on donne des conseils - ne jamais rester seul, désigner un conducteur responsable", souligne Didier Spinhirny, directeur de l'association La Source Landes Addictions, à Mont-de-Marsan.

"RÉDUIRE LES RISQUES"

"On n'est jamais dans le jugement", insiste Franck, intervenant du collectif Fêtez clairs, qui réunit des associations, sous l'égide de la Mairie de Paris, sur des lieux festifs de la capitale. "Le but est de réduire les risques : organiser des endroits calmes, des chill out - espaces mobiles de prévention inspirés des rave parties -, avoir de l'eau à disposition", poursuit-il. A certains endroits, l'eau des toilettes est chaude ou non potable.

"La période de l'adolescence est celle des expérimentations, il faut être dans la vigilance bienveillante", explique Edwige Picard, psychologue à l'association Douar Nevez à Ploërmel (Morbihan). Souvent, cela renvoie les familles à leur propre consommation.

"THE BINGE, TROP BOIRE C'EST LE CAUCHEMAR"

Pour faire passer leurs messages, les spécialistes ont recours à des outils qui plaisent aux jeunes, comme un serious game, que l'équipe de Xavier Pommereau (CHU de Bordeaux) est en train de préparer, ou à travers des films. La Mairie de Paris a lancé, début 2010, un concours autour de l'alcoolisation excessive, le genre étant le film d'horreur. Plus de 100 films ont été reçus pour cette campagne de promotion, intitulée "The binge, trop boire c'est le cauchemar". Un DVD rassemble les 19 meilleurs films.

Les experts sont unanimes : éviter de boire avant l'âge de 15 ans est impératif. "Il faut aider les jeunes à dire non, mais aussi leur donner des astuces pour ne pas avoir à dire oui (refus au nom d'interactions avec des antibiotiques ou parce qu'on a déjà fait la fête la veille...). Et ils ne doivent pas hésiter à appeler leurs parents même s'ils sont saouls", explique M. Couteron. Et lorsque des adolescents organisent une fête, un adulte doit être à proximité.