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23/05/2009

De l'utilité des cabines téléphoniques

Le Publiphone, espace menacé

lu sur :

http://www.lemonde.fr/archives/article/2009/05/23/le-publiphone-espace-menace_1197071_0.html

 

LE MONDE | 23.05.09 | 14h08  •  Mis à jour le 23.05.09 | 14h08

 

Postées le long des nationales, sur les parkings des routiers, devant les mairies, à l'intérieur des bouches du métro parisien, des restaurants, des halls de gare et même des lycées, elles font tellement partie du paysage qu'on n'y fait plus vraiment attention. Les 152 000 cabines téléphoniques publiques - ou Publiphones dans le jargon de l'ex-administration des Postes et des télécommunications -, forment pourtant un maillage encore très dense du territoire. Le fameux modèle dit "de Paris", y est surreprésenté : cage en verre et alu au look inchangé depuis les années 1980, avec son odeur caractéristique de "chaud" et de tabac...

Déjà cultes, sont-elles condamnées à disparaître ? C'est ce que craignent les syndicats de France Télécom, après que l'opérateur historique du téléphone leur eut annoncé, mi-mai, en comité central d'entreprise, sa décision d'en déléguer la maintenance technique à une société externe. Alors même que l'arrêté ministériel officialisant le renouvellement pour deux ans de sa mission de gestion des cabines est attendu dans les prochaines semaines.

Les syndicats, SUD-PTT en tête, très sensibles à ce sujet relevant du "service universel" (ex-service public) du téléphone, y voient une preuve supplémentaire du désintérêt supposé de l'entreprise pour les cabines.

"C'est précisément parce que nous voulons maintenir la qualité de service mais que notre personnel vieillit que nous avons décidé de sous-traiter", assure-t-on au siège parisien de France Télécom. "Nous garderons la main sur la supervision du parc", promet-on. Et d'ajouter : "Nous sommes largement au-dessus de nos obligations, qui sont d'une cabine par commune, plus une cabine supplémentaire au-delà de 1 000 habitants."

En tout cas, l'âge d'or des cabines est révolu. Entre 1997 et aujourd'hui, plus de 60 % d'entre elles ont disparu. L'explosion du téléphone mobile y est évidemment pour beaucoup. Selon l'Arcep, le gendarme français des télécoms, la France comptait plus de 58 millions d'abonnés au mobile fin mars 2009. Les volumes de communication des Publiphones ont diminué de 50 % entre fin 2007 et fin 2008. Mais le mobile n'explique pas tout, prétendent les syndicats de France Télécom. "Nous ne savons pas dans quelle mesure cette baisse des usages est réelle ou provoquée, à cause des négligences d'entretien des cabines", avance Christian Pigeon, de SUD-PTT.

Sur le terrain, les salariés de la "publiphonie" dénoncent les premiers effets délétères de la sous-traitance. "Depuis des années déjà, l'opérateur délègue le nettoyage et la réparation de l'habitacle. Le problème, c'est qu'avant, dès qu'il y avait un acte de vandalisme, nous intervenions tout de suite pour éviter que l'on s'acharne sur la cabine. Maintenant, les sous-traitants mettent parfois un mois avant d'arriver. C'est souvent trop tard, la cabine a été complètement pillée", témoigne un technicien. Un de ses collègues dénonce aussi la centralisation - au Havre - de la supervision des cabines : " Il y a seulement 22 salariés affectés à cette surveillance, y compris pour les DOM-TOM. Les pannes remontent sous la forme d'alertes automatiques. Le problème, c'est qu'il y a plein de choses que le système ne voit pas : les combinés hors service, les touches "zéro" des claviers défectueuses..." Du coup, "la cabine se dégrade, elle est donc de moins en moins utilisée, et finit par être enlevée", regrette le technicien.

Le fait que les communes doivent assumer une grande partie des frais liés aux Publiphones, alors qu'avant elles n'avaient à assurer que le nettoyage et l'éclairage, explique aussi la diminution du parc. Exemple, dans le village de Holtzwihr (Haut-Rhin), où le maire, Bernard Gerber, a envisagé au début de l'année de faire déplacer la cabine qui faisait "un peu tache" devant la mairie "tout juste rénovée". "J'avais trouvé un autre emplacement près d'un poteau téléphonique, mais la direction régionale de France Télécom m'a dit que les frais seraient à notre charge. Du coup, nous avons supprimé la cabine", raconte M. Gerber.

Beaucoup de cabines n'étant plus renouvelées depuis la fin des années 1980 (1990 dans les grandes agglomérations), France Télécom gagnerait encore de l'argent. "Le groupe réalise environ 25 millions d'euros de profits pour 130 à 150 millions de chiffre d'affaires", croit savoir un technicien de la "publiphonie". La direction de l'opérateur ne confirme pas ces chiffres, mais reconnaît que l'activité reste bénéficiaire.

Les défenseurs des cabines sont formels : ceux qui y ont encore recours n'ont pas d'autre solution. Surtout en temps de crise. "Vous avez tous les chômeurs, les étudiants en fin de forfait de téléphone mobile, les populations immigrées, mais aussi les touristes dont le téléphone ne passe pas en France, voire les détenteurs d'un mobile en panne de batterie", énumère un technicien de France Télécom. Les "tickets téléphone", proposant des tarifs préférentiels vers certains pays étrangers, remportent encore du succès, notamment pour les communications vers l'Afrique du Nord. Les appels en "PCV" (à la charge des appelés) aussi. "Là où j'habite, un quartier nord de Clermont-Ferrand très populaire, tout le monde ne peut pas s'offrir un mobile et les cabines sont utilisées", témoigne Cyril Cineux, élu communiste de la ville. Il s'est récemment opposé à un projet de la municipalité consistant à confier à l'entreprise JCDecaux l'entretien de ses 252 cabines en échange d'espaces publicitaires sur ces dernières.

Dès lors, certains hésitent à supprimer leurs cabines. "Nous n'étions pas tout à fait sûrs qu'elles ne resserviraient pas un jour, par exemple en cas d'urgence", explique Bernard Bleslu, maire de Noailhac (Corrèze), 320 habitants, qui a finalement décidé de conserver l'unique cabine du village. "Cela ressemble peut-être à un combat d'arrière-garde mais pourquoi obligerait-on ceux qui n'ont pas de mobile, par conviction ou parce qu'ils n'en ont pas les moyens, à en acheter un ? Et si les ondes de ces téléphones s'avéraient dangereuses ?", s'interroge Odile Vignal, élue Verte de Clermont-Ferrand, qui a également voté contre le partenariat avec JCDecaux.

A la direction de France Télécom, on jure que la cabine a encore un avenir. Les ingénieurs des "Orange Labs", les laboratoires de recherche de l'opérateur, travailleraient sur des projets de reconversion "pour rendre les cabines plus communicantes", explique-t-on au siège.

Pierre Charrié y croit aussi. Ce jeune homme, tout juste diplômé de l'Ecole nationale supérieure de design industriel, avait planché pour son projet de fin d'études, en 2008, sur une reconversion des cabines en points d'embarquement pour covoiturage. Un croisement high-tech entre la cabine téléphonique et l'Abribus. Il a présenté son projet à France Télécom, et les contacts n'ont pas abouti, mais le jeune designer ne veut pas en rester là : "Les enjeux me dépassent un peu. Mais je n'ai pas renoncé. La cabine, elle me passionne, c'est un symbole, un véritable objet social."

 

Cécile Ducourtieux

Article paru dans l'édition du 24.05.09

17:01 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : société

Commentaires

Il est clair que les cabines téléphoniques, sont un enjeu important. Il m'est difficile de croire qu'on ne trouve aucune solution à leur maintien et même plus leur developpement. J'en ai moi même, une idée revolutionnaire. Le seul inconvénient est de vouloir confier par copinage les cabines au même unique JC Decaux.

Écrit par : Moularé | 15/09/2009

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Le 3/10/2009
France Télécom touche des subsides de tous les opérateurs au titre de la contribution au service universel. Dans les faits les cabines publiques dont il a pourtant la délégation sont forts délaissées sans aucun doute au profit de la téléphonie mobile, marché fort juteux.

Hostile au téléphones mobiles et surtout à leurs forfaits (on devrait plutôt dire méfaits) coûteux. Totalisez le coût annuel d'un mobile et vous "allez pleurer" ! Utilisateurs de carte cabine prépayées, je constate quotidiennement l'état déplorable des cabines y compris dans Paris où si certaines stations de métro peuvent aligner 3 cabines cote à cote vides, d'autres dans les avenues sont hors d'usage et le restent définitvement.

Si le maillage des cabines téléphonique avait été maintenu, on pourrait se passer du téléphone mobile. Aujourd'hui c'est de plus en plus impossible.

A Kerien dans les Cotes d'Armor, il faut parcourir plus de 10 km sur la départementale n° 3 pour trouver une cabine. A Bouglon 500 hab. chef lieu de canton dans le Lot et Garonne, la cabine du village a été purement et simplement retirée. Les exemples de ce genre sont probablement nombreux.

Le slogan "un coup de fil peut sauver une vie" est un lointain souvenir. Aujourd'hui, si on n'a pas de mobile (avec un abonnement actif autrement, les opérateurs n'acheminent plus les appels au 112), on peut crever la bouche ouverte.

La carte prépayée avec le rappel en cabine est option intéressant pour qui sait s'en servir (pour info et par expérience, les n° indiqués dans les cabines sont souvent faux, et il vaut mieux pour la personne qui vous rapelle avec une adsl-box note le n° appellant indiqué sur son téléphone). Je prend les paris que FT saura faire preuvre d'une imagination débodante pour mettre un terme un jour ou l'autre à cette astuce.

Écrit par : jmc | 03/10/2009

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A Paris, on se demande à quoi servent encore ces cabines. Ou plutôt si, on le sait : de dépotoirs, de support de tags et d'affiches sauvages, d'urinoirs et d'exutoire à ceux qui ont envie de casser du mobilier urbain. Aussi, on est partisans de les supprimer. D'ailleurs, la plupart du temps elles ne marchent plus. On peut à la rigueur placer des appareils muraux à l'intérieur des abribus.
Vivre le Marais !
Cadre de Vie et Environnement Paris IIIe et IVe

Écrit par : Vivre le Marais ! | 10/10/2009

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Les cabines servent à tous ceux qui n'ont pas de téléphone portable.
Ces derniers, bien souvent, sont ceux qui refusent la marchandisation des services publics.
Personne n'ignore que la téléphonie mobile est un pactole pour l'économie privée poussant à la consommation de biens non indispensables.

Écrit par : zedcispeho | 13/10/2009

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