Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

07/06/2012

La gestion de l'eau en Languedoc-Roussillon

communiqué :

Eau Secours 34

Tél : 0684298797

Des assises régionales de l'eau pour quoi faire ?

Le problème de l'eau en Languedoc Roussillon n'est-il pas considéré comme résolu avec l'adoption définitive par la Région du projet Aqua Domitia ?

Ce projet avait été retenu par la Région en 2009 et nos élus régionaux ont confirmé ce choix à l'issue du débat public qui a eu lieu en fin 2011.

Que peut-on attendre d'assises régionales de l'eau alors que sur un projet aussi exceptionnel la Région a tranché de nouveau sans aucune considération du débat public ?

Nous constatons en effet :

- que ce débat public qui a coûté 1,3 million d'euros payés par le maitre d'ouvrage de la Région, le groupe BRL, société d'économie mixte au service de la Région, n’a mobilisé que deux ou trois mille personnes, alors qu'il concerne l'approvisionnement en eau de plusieurs centaines de milliers d’habitants de notre région.

- Ce coût élevé, plus de 500 € par participant, s’ajoutera aux financements publics qui seront consacrés à la réalisation du projet. Un tel coût avec pour résultat une si faible participation suscite des interrogations sur la façon dont les principaux protagonistes ont organisé ce débat, les Élus, responsables de BRL et la commission du débat public.

Nous constatons aussi que la Région et BRL ont réitéré l’adoption de ce projet sans répondre aux interrogations et propositions alternatives qui se sont exprimées.

Quelles vont être les conséquences d’un tel projet pour la politique régionale de l’eau et son financement, telle est la question que nous nous posons à présent.

Aqua Domitia est un projet à tiroirs dont le coût réel reste largement indéterminé. La Région nous a annoncé un montant d'investissement possible de l’ordre de 240 millions d'euros, voire plus, sans aucun chiffrage détaillé. Cet argent ne sera donc pas investi dans les autres priorités pour l'eau en Languedoc Roussillon.

En premier lieu, celles découlant des orientations du Schéma directeur pour l'eau (SDAGE) dans notre Région pour les prochaines années, priorités qui s'imposent pourtant aux collectivités régionales dans leur ensemble, notamment pour:

- en matière d’économie d’eau : faire face aux énormes besoins d'investissement pour la rénovation des réseaux d'eau potable, dont l'obsolescence est notoire et généralisée ( de 20 à 40 % de perte selon les collectivités);

- réorienter l'économie dans son ensemble, et l'agriculture régionale en particulier, en faveur d'un meilleur respect des masses d'eau de surface et souterraine passablement dégradées et polluées ;

- mieux prendre en compte les besoins alimentaires régionaux ( la demande en faveur d’une production de proximité et en agriculture biologique ) ; l’activité touristique estivale du littoral et l’irrigation d’une petite partie du vignoble régional n’étant pas nécessairement les actions à retenir en première priorité ;

- ré-orienter de façon plus générale le développement régional vers de nouvelles priorités , tenant compte du climat et de son évolution potentielle ainsi que d'autres éléments déterminants du contexte, tels que la fragilité de l'environnement, notamment des espaces littoraux et marins et la qualité de vie des habitants de la Région.

Ce projet laisse aussi en suspend les nombreuses interrogations formulées lors du débat public, relatives à la qualité sanitaire de l'eau du Rhône et aux risques accrus qui vont découler de l'interconnexion des réseaux d’eau entre eux. La généralisation de ses interconnexions est susceptible d’augmenter l'ampleur d'une catastrophe naturelle ou industrielle, tant pour ses conséquences sur l'environnement que pour la santé et la sécurité des habitants de la région.

Nous dénonçons une fois de plus le déni de ces risques par les promoteurs du projet et nous demandons qu’une étude totalement indépendante, notammnet par rapport au maitre d’ouvrage BRL en soit réalisée.

Enfin, une interrogation fondamentale subsiste : une collectivité publique telle que la Région, peut-elle endosser seule la responsabilité d'un projet aussi potentiellement lourd de conséquences ?

Autrement dit, peut-on admettre que les instances publiques nationales, administrations diverses en charge de l'eau, comité de bassin RMC et son conseil scientifque, ne se soient pas toutes prononcées de façon officielle sur tous les impacts possibles d'un tel projet et sur les moyens d'y répondre ?

Autrement formulée, la conformité du projet Aqua Domitia par rapport à la loi sur l’eau est-elle évidente ? A t’elle été vérifiée ? Qu’adviendra t’il d’un tel projet dans le cas où cette conformité poserait problème ? Nous attendons une réponse claire de l’Etat et du Comité de Bassin sur ce point.

Quelle est la cohérence des décisions publiques concernant la gestion de l'eau entre les différents niveaux : européen, national et régional ? Qu’en est’il de l’atteinte des finalités environnementales et humaines qui doit en découler ?

Nous attendons des réponses sur ces questions et que le projet Aqua Domitia soit validé en droit, y compris au regard de cet ultime recours que devrait être le principe de précaution.

Dans le cas contraire l’instauration d’assises régionales de l’eau restera pour l’essentiel secondaire et un peu futile.

Les commentaires sont fermés.