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20/06/2012

Le zoo de Lunaret à Montpellier

lu sur :

http://www.lagglorieuse.info/article-offert.php

Interview : Laurence Colas parle pour la première fois
« Toutes mes alertes sont restées lettre morte »
La Ville de Montpellier lui ayant retiré le poste de capacitaire du zoo de Lunaret. Laurence Colas parle pour la première fois... Lire la suite

L’Agglo-Rieuse : Votre employeur, la Ville de Montpellier, vous a retiré le poste de capacitaire du zoo de Lunaret. Pourquoi ce déclassement ?
Laurence Colas : Un parc zoologique, c’est complexe, c’est une installation classée pour l’environnement en matière de prévention pour la sécurité des animaux, du personnel, du public, des nuisances, des pollutions, la santé. L’obligation d’ouvrir un parc zoo est conditionnée à la présence d’un capacitaire quand il abrite des espèces sauvages, non domestiques donc. Le capacitaire est responsable de la gestion des risques et des animaux. L’autorisation préfectorale d’ouverture d’un parc zoologique est conditionnée à la présence d’un capacitaire. Quand j’ai été reclassée, fin 2011, pour avoir dénoncé des faits graves sur les conditions d’exploitation du parc animalier désormais baptisé Darwin, je n’ai pas été protégée par la mairie, ce qui a provoqué un acharnement de la part de ma hiérarchie. J’ai donc désengagé ma responsabilité de capacitaire. C’est le capacitaire qui est responsable du respect des règles vis-à-vis du préfet.

L’A.-R. : Dans quelle situation avez-vous trouvé le zoo de Lunaret en 2003, à votre prise de fonction de directrice, plutôt de capacitaire ?
L.C. : En 2003, quand j’ai pris mes fonctions, le zoo fonctionnait sans autorisation d’ouverture. Il fonctionnait sur une déclaration d’ouverture qui datait de 1978, alors qu’il était ouvert depuis 1964. Il était classé en ICPE, c’est-à-dire en Installation classée pour l’environnement, donc c’est bien un parc zoologique, mais il n’avait pas l’autorisation d’ouverture au public, ni donc d’abriter des espèces sauvages. Quand je suis arrivé en 2003, la première mission a été de mettre à jour l’autorisation d’ouverture, donc j’ai fait faire une étude d’impact. Cette année-là, Georges Frêche est venu au zoo, il m’a demandé de développer les activités pour qu’il soit reconnu au niveau européen. À l’époque, il y avait 500 animaux. J’ai mis en place rapidement les objectifs voulus par Frêche et l’autorisation d’ouverture a été enfin accordée le 18 juillet 2005, ce qui nous a permis depuis d’accueillir des éléphants, des girafes et d’ouvrir la serre amazonienne. En juillet 2011, j’ai dénoncé des faits graves à mon endroit, qui ont débouché sur mon déclassement, plutôt sur un reclassement.

L’A.-R. : Qu’avez-vous dénoncé ?
L.C. : Je ne peux pas vous le dire, j’ai introduit des procédures judiciaires, j’ai deux avocats qui me défendent, je ne peux pas et je ne veux pas communiquer. Je préfère me cantonner à l’historique du zoo. Quand Frêche est venu en 2003 donc, il a tout de suite vu le danger en cas de feu, il a dit qu’il fallait débroussailler d’urgence. Il a fait débloquer 90 000 € pour débroussailler, pour implanter des robinets incendie armés, des caissons antifeu. Et le patron des pompiers de l’Hérault, le colonel Charles Cassar, et le SDIS 34 mettaient un CCF et 4 hommes de la Paillade à notre disposition chaque été. Puis, un jour, ça s’est arrêté. Nous avions un camion avec une petite citerne, mais il a été cassé ; j’ai demandé à la mairie de le remplacer, en vain. En 2007, à l’ouverture de la serre amazonienne, on a acheté un 4×4 incendie neuf et on a demandé au SDIS 34 de remettre un engin avec citerne, mais c’est resté lettre morte. Le plan de sécurité (anti-évasion animaux et incendie) et de secours a été finalisé en 2010, mais n’a jamais été validé par la Ville jusqu’à avril dernier.

L’A.-R. : Y a-t-il eu des départs de feu, des évasions ou des vols d’animaux au zoo ?
L.C. : Il y a eu un seul départ de feu dans le bois voisin de Montmaur et c’est notre équipe de la sécurité du zoo qui a limité l’extension des flammes  ; Mme Hélène Mandroux nous a d’ailleurs remerciés. Il y a eu des évasions d’animaux, oui, sortis de leurs enclos, en présence du public, mais nous avons tout géré sans souci. Il y a toujours des aléas dans tous les zoos, mais on a été réactif comme pour le départ du feu à Montmaur : évasion d’ours, de louves avec félicitations de la préfecture pour notre parfaite gestion des événements. Il y a eu des vols d’animaux aussi, pas beaucoup, c’était avant 2003 avec notamment des singes qui ont disparu. Depuis, il n’y en a plus eu.

L’A.-R. : Pourquoi avoir refusé d’être capacitaire fin 2011 ?
L.C. : J’ai décliné ma responsabilité de capacitaire car je ne disposais plus de l’autonomie de décision et j’ai prévenu la préfecture de la situation dans laquelle se trouvait le parc animalier. La commission de sécurité d’avril dernier a donné un avis défavorable. Contrairement à ce qui a été dit et écrit, la Ville était parfaitement informée de cette situation anormale et ce, depuis 2009.

L’A.-R. : Avez-vous l’impression d’avoir rempli vos missions ?
L.C. : Outre le débroussaillement, les mesures anti-incendie, j’ai sécurisé toute la clôture périphérique pour éviter les évasions et les intrusions pour vols. De 400 000 visiteurs en 2003, nous sommes passés à 750 000 visiteurs en 2011. On a réussi à donner une dimension européenne voulue par Frêche à cette structure en accueillant, en septembre 2011, le Congrès européen des zoos à Montpellier, c’était le premier événement du genre en France depuis quinze ans. Et la Ville vient de recevoir le Prix de l’audience européenne pour l’organisation de ce congrès qui a réuni 600 participants. C’est moi qui ai porté ce dossier, car je suis vice-présidente de l’Association française des zoos et contrôleur international à l’Association européenne des zoos, ce qui me permet d’accueillir ici des animaux rares en plan d’élevage. En 2009, j’ai demandé à ma hiérarchie de faire passer sans délai une commission de sécurité, la première depuis 1964 ! Le 3 septembre 2011, j’ai adressé une lettre en ce sens à MM. Nyssen, Bourlet, Alain et Philippe C. pour que ce soit inscrit à l’ordre du jour d’une commission municipale. Donc, quand ils disent qu’ils n’étaient pas au courant de la situation dangereuse du parc zoologique en matière de sécurité, ce n’est pas exact. Sans parler que j’ai alerté la maire, Hélène Mandroux, de cette situation illégale dans cinq courriers entre 2010 et 2011, en vain.

Propos recueillis par J.-M.A.

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