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22/07/2012

La Méditerranée empoisonnée par ses fleuves

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La Méditerranée empoisonnée par ses fleuves

 

JEAN-PIERRE LACAN
22/07/2012, 06 h 00

Les principaux flux de pollution qui vont à la mer viennent des cours d’eau. Du Rhône pour l’essentiel.

"C’est suffisamment inquiétant pour qu’on prenne le problème à bras-le-corps" Pierre Boissery est expert des eaux côtières et du littoral à l’Agence de l’eau Rhône, Méditerranée & Corse. Son inquiétude repose, pour partie, sur un constat fait par l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

En 2010, une équipe de chercheurs a rendu les premières conclusions d’un programme baptisé Merlumed "Il s’agissait d’étudier la présence de substances chimiques dans le merlan du golfe du Lion pour comprendre les mécanismes de bio-accumulation par la chaîne trophique", confirme Capucine Mellon, coordinatrice du programme.

A l’époque, ces conclusions n’ont pas fait l’objet d’une large diffusion. Elles sont éloquentes pourtant, au moins pour deux des substances étudiées. Les PCB d’abord. Ces composés organiques de synthèse étaient largement utilisés dans l’industrie électrique avant que la France les interdise en 2001. L’étude a montré que les merlus du golfe du Lion avaient un niveau de contamination cinq à huit fois supérieur à ceux du golfe de Gascogne.

Les PBDE ensuite. Ils sont massivement utilisés pour leurs propriétés inifuges dans les textiles, l’électronique et les équipements domestiques. Eux n’ont pas été interdits malgré des interrogations sur l’impact de leur toxicité à long terme. Les travaux d’Ifremer ont révélé "une forte contamination de l’espèce, jusqu’à deux fois plus forte que les contaminations maximales dans la morue de la mer du Nord."

"Il vaut mieux se baigner sur les plages du Languedoc qu’au large de Marseille"

"Rien n’interdit de manger du poisson et il vaut mieux se baigner sur les plages du Languedoc qu’au large de Marseille", relativise Pierre Boissery. Pour l’Agence de l’eau, qui vient de dresser une cartographie très précise des flux polluants de la Méditerranée, l’origine des contaminations est clairement identifiée : "Près de 90 % des flux proviennent des cours d’eau. Le Rhône y contribue à 67 %", explique l’expert Contrairement aux idées reçues, les rejets urbains et industriels à la mer sont très faibles, moins de 2 % des flux, tout comme ceux des ports (0,05 %).

Les fleuves du Languedoc-Roussillon ont aussi leur part de responsabilité

L’Agence est allée loin dans son évaluation. Elle a établi que, chaque année, le Rhône déversait entre 5 000 et 6 000 tonnes de métaux lourds et une centaine de tonnes de pesticides. Du Vidourle à la Tech, les fleuves du Languedoc-Roussillon ont aussi leur part de responsabilité : 16 % des apports d’ammonium à la mer, 8 % des phosphates, 6 % des nitrates, 8 % des métaux lourds.

Or, une directive européenne prévoit un retour au "bon état écologique du milieu marin" au plus tard en 2020. Pour s’y conformer, l’Agence de l’eau et la Direction interrégionale de la mer Méditerranée (DIRM) ont établi un plan d’action qui mobilisera 600 millions d’euros sur six ans. 75 % de cette somme seront consacrés à la réduction des flux polluants.

Un travail de bénédictin à en croire Pierre Boissery : "S’il n’y avait que dix gros robinets de pollution à fermer, ce serait vite réglé, mais les gros robinets ont déjà été fermés. Il faut donc s’attaquer aux centaines de petits foyers de contamination." Et faire comprendre aux riverains des cours d’eau, parfois très éloignés de la mer, que la santé de la Grande Bleue est entre leurs mains. La nôtre aussi.

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