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02/10/2012

A Madrid, un citoyen colombien est empêché d'embarquer vers Cuba par un agent américain

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http://www.lemonde.fr/europe/article/2012/10/02/a-madrid-un-citoyen-colombien-est-empeche-d-embarquer-vers-cuba-par-un-agent-americain_1768748_3214.html

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A Madrid, un citoyen colombien est empêché d'embarquer vers Cuba par un agent américain

LE MONDE |02.10.2012 à 14h59 • Mis à jour le02.10.2012 à 14h59

Par Sandrine Morel (Madrid, correspondance)

Il avait fallu neuf années d'âpres négociations pour que finalement, en avril, le Parlement européen approuve l'accord sur le transfert aux autorités américaines des informations sur les passagers quittant un pays de l'Union européenne pour se rendre aux Etats-Unis. Et un seul article de presse, paru le 24 septembre dans le quotidien espagnol El Pais, racontant les déboires d'un journaliste colombien en route pour Cuba, Hernando Calvo Ospina, pour provoquer la réouverture d'un débat qui semblait enfin clos.

Le 6 mai, ce collaborateur du Monde diplomatique, résidant en France depuis vingt-cinq ans, s'apprêtait à embarquer pour La Havane afin d'y réaliser un reportage. Mais à l'aéroport de Madrid-Barajas, il est dirigé vers le comptoir de la compagnie Air Europa, rejoint par un fonctionnaire de l'ambassade américaine qui lui demande son passeport et lui annonce qu'il ne pourra pas monter dans l'avion. La raison : l'appareil survole les Etats-Unis durant quelques minutes et le journaliste de 51 ans constitue "une menace pour la sécurité" du pays. 

Hernando Calvo, auteur de plusieurs ouvrages critiques sur le rôle des Etats-Unis en Amérique latine, est inscrit sur la no fly list (personnes auxquelles il est interdit de se rendre aux Etats-Unis) de la TSA, l'agence américaine de la sécurité des transports. Déjà en 2009, un appareil d'Air France dans lequel il voyageait en direction du Mexique avait été contraint de contourner l'espace aérien américain après que les pilotes furent informés par les autorités américaines qu'ils transportaient un passager indésirable.

Mais cette fois, c'est sur le sol espagnol même que l'embarquement lui a été refusé, et par un fonctionnaire américain, qui plus est. "Qu'en est-il de la souveraineté de l'Espagne ?", demande M. Calvo, en soulignant qu'en octobre 2011, il avait réalisé le même voyage sans problème. "L'Espagne a signé un accord avec les Etats-Unis en 2009 qui leur permet d'interroger les passagers à l'aéroport pour des raisons de sécurité", répondent des sources au ministère de l'intérieur.

PROGRAMME AMÉRICAIN SECURE FLIGHT OVERFLIGHT (SFO)

Ce qui n'explique pas pourquoi la compagnie aérienne a transféré aux Etats-Unis les données d'un vol qui n'y faisait même pas escale. "On est au-delà du cadre de l'accord sur le fichier des passagers aériens [Passenger Name Record, PNR], qui n'autorise en aucun cas l'usage des données pour interdire le survol à des passagers qui se dirigent vers un pays tiers", assure le président de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures au Parlement européen, le socialiste espagnol Juan Fernando Lopez Aguilar.

L'"incident" de Barajas serait dû à l'application, depuis le mois de mars, du programme américain Secure Flight Overflight (SFO), qui oblige les compagnies aériennes à transmettre aux Etats-Unis les données des passagers dont le vol traverse leur espace aérien, sous peine de leur en interdire l'accès.

"Il n'est pas possible que des mesures de sécurité préventives prises de manière unilatérale restreignent les droits des Européens. Ce qui est arrivé en Espagne est susceptible de se produire en France ou au Royaume-Uni", prévient M. Lopez Aguilar, qui demande "une réaction au niveau européen".

Il a demandé par courrier, le 25 septembre, la comparution immédiate de la commissaire européenne aux affaires intérieures, Cecilia Malmström, et assure que le sujet sera au centre de la prochaine réunion de la commission des libertés civiles. Il n'écarte pas une remise en question du PNR, du fait de la "déloyauté" de Washington.

Hernando Calvo, de son côté n'a pas pu se rendre à La Havane. "Je n'ai plus qu'une solution : voyager avec la Cubana de Aviacion, qui n'a qu'un vol hebdomadaire ", et la seule compagnie au départ de Paris qui ne traverse pas l'espace aérien des Etats-Unis.

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