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01/01/2013

Comment absorber les crues du Rhône ?

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/01/des-communes-sacrifiees-pour-absorber-les-crues-du-rhone_1811747_3244.html

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Des communes "sacrifiées" pour absorber les crues du Rhône

LE MONDE | 01.01.2013 à 12h02Par Luc Leroux - Vallabrègues (Gard), envoyé spécial

Cinq cahiers épais... Les habitants de Vallabrègues, un village du Gard (1 300 habitants) enchâssé dans les Bouches-du-Rhône sur la rive gauche du fleuve, en ont noirci, des pages, pour revendiquer une solidarité écologique dans la lutte contre les crues du Rhône. L'enquête publique préalable à l'adoption du plan de prévention des risques inondations (PPRI) de leur commune vient de s'achever. L'occasion d'exprimer colère et désarroi face au sort réservé à la municipalité.

Comme les villages voisins de Boulbon, Saint-Pierre-de-Mézoargues et une partie de Tarascon, Vallabrègues se situe dans une zone d'expansion de crues, une vaste plaine agricole que le Plan Rhône destine à absorber les pics de crues du fleuve afin de protéger, en aval, Arles et sa zone d'activité industrielle et commerciale.

 

En 2003, la crue du Rhône avait causé dans ce bassin économique plus de 1 milliard d'euros de dégâts, provoqué l'évacuation de milliers de personnes et entraîné le départ définitif de certaines entreprises. Pas question que cela se reproduise, même s'il faut, pour cela, inonder Vallabrègues.

LES PROPRIÉTAIRES DEVRONT AMÉNAGER UNE "ZONE REFUGE"

"Depuis la mise en place du Plan Rhône, dit Jean-Marie Gilles, maire de Vallabrègues, on ne parle que de solidarité : entre amont et aval, entre rive droite et rive gauche... Mais cette solidarité, je voudrais qu'elle soit aussi financière, car nous subissons une quadruple peine : l'inondation volontaire du village, un territoire gelé à tout développement, des travaux de protection imposés et l'inflation des primes d'assurance..."

Les recommandations du futur PPRI rendront obligatoire un diagnostic de tous les bâtiments et le recours à un géomètre pour établir la mesure altimétrique. Les propriétaires devront aménager chez eux une "zone refuge", installer aux portes et fenêtres des barrières anti-intrusion d'eau et, pour éviter les accidents lors d'opérations de secours, matérialiser les piscines avec des barrières de 1,10 mètre.

Les aides à la réduction de la vulnérabilité (40 % du montant des travaux) sont jugées insuffisantes. Mais, en cas de non-réalisation, les compagnies d'assurances pourraient résilier les contrats. Le maire (PCF) d'Arles, Hervé Schiavetti, témoigne que, "après 2003, lorsqu'il a fallu réassurer la commune, cela a été très compliqué".

Même situation pour des particuliers. "On leur dit : vous êtes de bons élèves mais on va vous pénaliser comme des chauffards", déplore M. Gilles. Le maire (UMP) de Tarascon, Charles Fabre, est lui aussi intervenu à plusieurs reprises pour éviter à certains de ses administrés la résiliation de leur contrat.

"ON VEUT AVOIR AU MOINS QUELQUES TERRAINS CONSTRUCTIBLES"

Envisagée depuis dix ans, une proposition de loi visant à offrir un statut particulier aux zones d'expansion de crues est restée lettre morte. "Ces communes acceptent un sacrifice nécessaire à la sécurité de Tarascon, Beaucaire, Arles. Il faut donc reconnaître à leurs habitants un statut spécial pour cette servitude d'utilité publique", juge Michel Vauzelle, député (PS) de la circonscription et président du conseil régional Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Dégrèvement des taxes foncières et d'habitation l'année du sinistre, compensation des pertes sur la valeur des biens en cas de vente, non-majoration des primes d'assurances voire réduction en fonction des efforts consentis pour la réduction de leur vulnérabilité, prise en charge par l'Etat du coût des plans communaux de secours... la proposition recense une série de mesures de solidarité nationale. L'Etat y a toujours opposé ses difficultés financières et le risque d'"effet boule deneige". Pourtant, insiste M. Vauzelle, "compte tenu des évolutions climatiques, il va bien falloir apporter une réponse".

Les communes de la zone d'expansion de crues voient leur développement entravé par l'inconstructibilité de la quasi-totalité de leur territoire, alors même qu'elles se trouvent au centre d'un "triangle magique", à moins de trente kilomètres d'Arles, Nîmes et Avignon.

"On ne veut pas doubler le nombre d'habitants, mais avoir au moins quelques terrains constructibles pour assurer le renouvellement de la population etpermettre à des jeunes de s'installer", explique Rolland Roche, maire de Boulbon (1 600 habitants), qui a déposé un recours contre le PPRI anticipé de sa commune, imposé par le préfet. "Sinon, on va devenir une réserve d'Indiens." A Vallabrègues, un projet d'extension du cimetière avait été refusé, toujours à cause des crues. Son maire avait alors déploré d'être à la tête d'"une commune où on peut ni vivre, ni mourir".

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