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15/01/2013

Comment on se débarrasse des métaux toxiques dans un ancien bassin minier du Gard

lu sur :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/01/15/des-plantes-devoreuses-de-metaux-toxiques_1817033_3244.html

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Dans un ancien bassin minier du Gard, des plantes dévoreuses de métaux toxiques

LE MONDE | 15.01.2013 à 12h35 • Mis à jour le 15.01.2013 à 12h41 Par Pierre Le Hir - Saint-Laurent-le-Minier (Gard), envoyé spécial

REPORTAGE. Alignées au cordeau comme des rangées de laitues, les jeunes pousses feraient croire à un jardin potager. Au printemps, quand elles se seront épanouies au soleil du Midi, elles se couvriront de fleurs blanches, jaunes et mauves... Ces plantes n'ont pourtant rien de comestible ni de décoratif. Elles poussent sur une argile stérile gorgée de métaux toxiques : un ancien bassin de décantation du minerai exploité, depuis l'époque gallo-romaine jusqu'en 1992, sur la commune gardoise de Saint-Laurent-le-Minier. Les taux de zinc, de plomb et de cadmium y sont de 500 à 850 fois supérieurs aux normes européennes.

Aucune végétation ne résiste à un tel concentré de poisons, excepté trois espèces locales qui ont adopté une extraordinaire stratégie de survie : elles aspirent par leurs racines les métaux toxiques, qu'elles stockent, pour les neutraliser, dans des cavités (les vacuoles) de leurs feuilles.

Ce ne sont pas non plus des maraîchers qui les cultivent, mais des chercheurs du Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CEFE) du CNRS de Montpellier. Ils expérimentent ici une méthode écologique de décontamination des sols par phytoextraction.

CATALYSEURS À MULTIPLES APPLICATIONS INDUSTRIELLES

"Les exploitations minières intensives et les activités industrielles métallurgiques sont à l'origine d'une forte pollution des sols, par des métaux lourds qui sont parmi les plus nocifs et ne sont pas biodégradables", explique la chimiste Claude Grison, professeur à l'université Montpellier-II, qui dirige le programme. Sur l'ancien gisement minier, d'où le vent et les pluies dispersent les poussières toxiques dans l'environnement, les cultures sont interdites. Deux enfants du voisinage sont atteints de saturnisme. Plus généralement, les polluants métalliques ont des effets délétères sur le système nerveux, les reins, les poumons et les tissus osseux.

D'où les espoirs suscités par les trois variétés de plantes "hyperaccumulatrices" de métaux lourds, dites aussi "métallophytes" : Noccaea caerulescens, Anthyllis vulneraria et Iberis intermedia. Celles-ci sont capables de piéger dans leurs feuilles des quantités phénoménales d'éléments métalliques, atteignant 7 % à 8 % de leur masse sèche. "Une folie végétale et chimique", commente la chercheuse.

L'équipe a d'abord transplanté, à l'été 2012, 7 000 plantes cultivées dans les serres du laboratoire montpelliérain. Puis, à l'automne, elle a testé le semis direct. Elle espère pouvoir, d'ici un an, couvrir l'ensemble du site avec des plantes dévoreuses de métaux. Mais, reconnaît Claude Grison, "il faudrait sans doute plus de cinquante ans pour tout éliminer".

Des essais de phytoextraction ont déjà été menés sur de nombreux bassins miniers. Le laboratoire de Montpellier collabore à des programmes de recherche en Nouvelle-Calédonie, en Chine, bientôt au Gabon. D'autres sont réalisés sur des terrains naturellement riches en métaux lourds en Grèce, en Turquie ou en Albanie. Mais ils n'ont jamais conduit à une technique de réhabilitation des sols utilisable à grande échelle. Car, jusqu'à présent, aucun débouché n'a été trouvé pour les végétaux contaminés, qui se transforment eux-mêmes en déchets toxiques.

Les chercheurs du CNRS pourraient être les premiers à lever cet obstacle. Ils ont découvert que les métaux emmagasinés par les feuilles, une fois extraits par séchage et convertis en poudres, peuvent servir de catalyseurs pour de multiples applications industrielles. Comme la synthèse de médicaments (anticancéreux, antiviraux, anti-inflammatoires, antipaludéens...), de molécules aromatiques pour les cosmétiques et l'alimentation, ou d'intermédiaires clés de l'industrie chimique.

"RESTAURATION ÉCOLOGIQUE DES SOLS ET CHIMIE VERTE"

Ces catalyseurs verts, assurent les scientifiques, permettent des réactions plus efficaces, plus rapides et plus complexes que leurs équivalents classiques. Une alternative d'autant plus intéressante que beaucoup de réactifs actuels, très polluants, sont visés par la réglementation européenne Reach sur les produits chimiques. Et que les ressources mondiales en métaux comme le zinc, le cobalt, le nickel ou le manganèse se raréfient.

En éprouvette, plus de 300 molécules ont déjà été produites de la sorte. Quatre brevets ont été déposés. Et des tests sont en cours chez des industriels. S'ils aboutissent, ils pourraient donner naissance, prédit Claude Grison, à "une nouvelle filière associant restauration écologique des sols et chimie verte". Et recycler des déchets toxiques en matière première valorisable, dans une forme d'économie circulaire.

Une PME de l'Hérault, Valorhiz, spécialisée dans la valorisation biologique des territoires, participe à ce programme soutenu par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), l'Agence nationale de la recherche (ANR), l'Union européenne, la région Languedoc-Roussillon et la commune de Saint-Laurent-le-Minier, qui a racheté le terrain.

Pour ce village "qui se meurt", selon Daniel Favas, adjoint au maire chargé du développement durable – la population a chuté de 1 100 habitants lors de l'exploitation minière à 360 aujourd'hui –, il s'agit de tourner la page et de se donner "une nouvelle image". Au-delà, pour tous les sites industriels et miniers durablement contaminés, la phytoextraction pourrait devenir une phytothérapie.

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