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24/01/2013

Perrier, Nestlé et la commune de Vergèze

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http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/01/24/perrier-un-nom-qui-continue-d-opposer-vergeze-et-nestle_1821632_3234.html

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Perrier, un nom qui continue d'opposer Vergèze et Nestlé

LE MONDE | 24.01.2013 à 12h24 Par Laurence Girard

La marque Perrier est-elle ou non associée à son lieu historique de production ? La question oppose depuis des années la commune de Vergèze (Gard), où se situe la source qui alimente les bouteilles de Perrier, et le géant suisse Nestlé, détenteur de la marque.

Un nouvel épisode du bras de fer juridique devait se dérouler, jeudi 24 janvier, lors d'une audience de la cour administrative d'appel de Marseille. Les conclusions du rapporteur public seraient plutôt favorables à Nestlé. Mais le différend juridique n'est pas près d'être réglé.

 

Tout remonte à 2006, lorsque le maire de Vergèze, René Balana (UMP), prend une délibération pour modifier le nom du lieu-dit, Les Bouillens, où est localisée l'usine Perrier, pour l'appeler "Source-Perrier-Les Bouillens". L'édile affirme que cette dénomination est entrée dans le langage courant pour parler du lieu.

Mais l'enjeu est ailleurs : il souhaite lier intimement l'eau de Perrier à son terroir historique. "Notre intention est de garder notre patrimoine", explique M. Balana, qui ajoute : "Nous avons pris cette décision quand Nestlé a dit qu'il pouvait fabriquer du Perrier ailleurs qu'à Vergèze. Mais nous ne voulons pas causer du dommage à Perrier." Et pour cause : le groupe verse, bon an mal an, 4 à 4,5 millions d'euros à la commune, près des deux tiers de ses recettes fiscales.

Les craintes d'une délocalisation vers des pays à faibles coûts de main-d'oeuvre sont récurrentes depuis que le leader mondial de l'agroalimentaire s'est emparé de Perrier en 1992.

Quelques années plus tard, un employé de Vergèze découvre une bouteille en tout point semblable à celle de Perrier : verte, en forme de massue pour gymnaste, telle qu'imaginée par Lord Harmsworth, qui reprit l'entreprise en 1903 et contribua à la création d'une marque chic et internationale avec pour premier slogan : "Le champagne des eaux minérales."

BOUTEILLE CLONÉE

Sur l'étiquette de la bouteille clonée apparaît le nom d'une autre source détenue en Egypte par Nestlé : La Baraka. De courte durée, l'expérience marque les esprits.

C'est en 2004 que le sujet prend de l'ampleur. Alors qu'un conflit dur oppose la CGT et la direction, engagée dans un plan drastique de réduction des effectifs, le patron de Nestlé brandit la menace d'une vente du site. Cette crainte ravivée d'une délocalisation conduit le conseil municipal à prendre sa délibération. Que le groupe suisse conteste immédiatement, revendiquant la propriété exclusive de la marque.

Perrier n'est pas le nom d'un lieu de production, mais celui du médecin nîmois qui eut, le premier, l'idée d'embouteiller l'eau de la source en 1898.

Depuis, le feuilleton juridique est en marche. Saisi par Nestlé, le tribunal administratif de Nîmes rejette en 2008 sa demande d'annulation de la délibération de la commune de Vergèze. Mais la cour administrative d'appel de Marseille lui donne raison en 2009, en déniant au maire toute compétence pour changer le nom du lieu-dit.

La commune et l'Association de défense de la source Perrier saisissent le Conseil d'Etat. Son arrêt tombe en mars 2012 : il reconnaît à la commune le droit de délibérer sur la question, mais lui demande de justifier l'intérêt public de cette décision. D'où le retour à la cour administrative d'appel.

PROCHE DU RECORD HISTORIQUE

Toutefois, le climat social sur le site de Vergèze a changé depuis 2004. Un représentant du personnel a fait le déplacement en Suisse pour l'assemblée générale des actionnaires de Nestlé, en avril 2012, pour se féliciter de la situation de Perrier. "Nous disons quand ça va mal, mais aussi quand ça va bien", dit le cégétiste.

Pour la première fois, les effectifs sont repartis à la hausse en 2012, avec 930 salariés en contrat à durée indéterminée. Ces dernières années, trois lignes d'embouteillages nouvelles ont été installées. Les investissements vont se poursuivre avec la rénovation, en 2013, du deuxième bâtiment du site, un temps promis à la démolition.

Poussées par le marketing, les ventes progressent : 988 millions de bouteilles ont été produites en 2012 et le cap du milliard devrait être franchi en 2013. Elles se rapprochent du record historique de 1,2 milliard atteint avant que le scandale du benzène en 1990 – des traces de cet hydrocarbure sont découvertes par un laboratoire américain dans treize bouteilles – ne les fasse s'effondrer.

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