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18/02/2013

Les cités de Nîmes, ratés de la rénovation urbaine

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http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/02/18/dans-les-cites-de-nimes-malgre-les-travaux-la-misere-persiste_1834330_3224.html

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Dans cette ZUP au nord de Nîmes, il y a l'en-haut - le Valdegour, citadelle de tours et de barres abritant quelque 5 300 habitants, qui trône au sommet d'une colline - et l'en-bas - Pissevin, une immense concentration de logements pauvres, où s'entassent environ 11000 personnes. Depuis plus de vingt ans, ces deux immenses territoires vivent en marge de la ville, constituant un "là-bas" oublié. C'est aujourd'hui l'exemple presque parfait des ratés de la rénovation urbaine.

Lire : La nouvelle vague de rénovation urbaine va se concentrer sur 150 à 200 quartiers

Le premier, Valdegour, a pourtant bénéficié du Programme national de rénovation urbaine (PNRU) en 2005. "Valdegour était vécu comme le quartier le plus dur, le plus brutal sur le plan urbain", explique Emmanuel Licour, directeur de l'habitat à Nîmes métropole. Le projet de réhabilitation s'est résumé à une démolition d'immeubles pour "casser l'effet citadelle", selon ses promoteurs : 327 logements ont ainsi été détruits en sept ans, s'ajoutant aux quelque 400 déjà tombés depuis 2001.

Le tour de la rénovation s'effectue rapidement : une dalle refaite et décorée de grands pots en terre cuite abritant des oliviers nains, un lotissement de vingt-cinq villas, un immeuble rénové en contrebas, des cages d'escaliers repeintes et des menuiseries remplacées, un local annexe de la mairie refait à neuf, de nouveaux réverbères métallisés, des talus plantés... autant de retouches cachant mal un habitat déjà abîmé.

Les tours restantes n'arrivent pas à donner le change : malgré le coup de peinture, les cages d'escaliers sont taguées et sales. A l'extérieur, l'aspect des immeubles est fatigué. En bas, sur les dalles, les containers de poubelle s'entassent, enchaînés. Du petit centre commercial, il ne reste qu'une pharmacie, un bureau de poste et un terminal de cuisson de pain au milieu des rideaux baissés. Le chômage touche un habitant sur deux et plus de 56 % vivent en dessous du seuil de pauvreté.

De là-haut, pourtant la vue est magnifique. Mais seulement en regardant au loin. Dix-sept millions d'euros ont été investis et les habitants se sentent toujours oubliés. "Ce n'est pas parce qu'ils ont détruit des tours que la situation a changé", assure Sadok Gharbi, président de l'amicale des locataires. Le sentiment d'abandon se double d'une crainte : celle de voir la colline rasée de ses HLM pour en faire un beau quartier.

UN BAILLEUR EN FAILLITE

En contrebas, de l'autre côté du boulevard coupant les deux cités, on entre dans Pissevin. Là, aucune rénovation n'a été entreprise. Trop compliqué avec ses 6 500 logements en copropriétés dégradées jouxtant 6 500 appartements en HLM. Trop cher aussi pour un bailleur placé en faillite il y a quinze ans, après une affaire de détournement de fonds. Durant vingt ans, Habitat du Gard, qui détient 80 % du parc, n'a ainsi pas entrepris de travaux. L'entrelacs de constructions en labyrinthe est dans un état de délabrement avancé.

Conçues dans les années 1960, ces cités devaient accueillir la petite classe moyenne en mêlant logement social et copropriété bon marché. La crise, le chômage et surtout l'absence d'entretien ont fait de ces logements des taudis. "C'était un quartier mixte il y a encore quinze ans, mais les populations gauloises ont déserté", constate Raoul Azzouz, animateur de l'association Mille couleurs. C'est ici qu'on loge les plus pauvres avec un revenu fiscal médian oscillant entre 4200 et 4900 euros.

Le quartier se présente comme une coulée de dalles où l'eau stagne quand il pleut et sur lesquelles se dressent des barres mitées aux rez-de-chaussée condamnés. Les immeubles sont lardés de viaducs passant au nez des logements, de parkings en sous-sols devenus des lieux de trafic. Certaines barres n'ont pas vu de coup de peinture depuis des années, telles les deux d'un jaune passé, Castor et Pollux. En contrebas, une coursive - la "galerie Wagner" - abrite quelques échoppes : des épiceries maghrébines et des points phone.

Les grilles d'aération et les placards électriques des immeubles les plus dégradés, au nom de peintres, Corot et Fragonard, sont défoncés, les murs ruisselants, les façades lépreuses... "Je ne sais pas comment les résidents supportent tant de misère. Ils sont patients", assure Michel Perfetini, ancien conseiller général PCF.

L'état des copropriétés n'a rien à envier aux HLM : sous la coupe des marchands de sommeil, les locataires souffrent. Comme Amina Maoulida Madi, qui paye 750 euros pour un quatre pièces sans chauffage et aux murs humides.

"IL Y A CERTAINES CITÉS OÙ JE NE VAIS PLUS, J'AI HONTE"

Un projet de rénovation de Pissevin a bien été élaboré, mais avec les divisions entre la mairie UMP et le conseil général socialiste, rien n'avance. Le bailleur, lui, pare au plus pressé : la réfection des colonnes d'électricité et d'eau, la réparation des chaudières et un peu de peinture dans les halls. "Il y a certaines cités où je ne vais plus, j'ai honte", lâche Stéphane Cabrié, directeur de Habitat du Gard. "Les responsables se renvoient la balle et pendant ce temps on paye entre 400 et 500 euros et presque autant de charges par appartement", dénonce Radouane Gammoune, de la Confédération nationale du logement.

C'est peu dire qu'un "ANRU 2" est attendu dans ces deux quartiers, tant par les habitants que le bailleur et la ville. "Il faut un plan pour rénover, tout seul on ne peut pas y arriver", assure M. Cabrié. "Sans l'ANRU, la collectivité locale ne pourra pas entrer dans ce quartier", prévient aussi Jacques Perotti, maire adjoint délégué à l'urbanisme et à la rénovation des quartiers.

Francis Pougnet, sociologue à l'agence Place, a mené une étude d'évaluation sur les deux quartiers : "C'est une rénovation urbaine en échec. Ces quartiers, vus comme des problèmes, n'ont jamais fait partie des projets urbains de la ville." François Lamy, qui doit s'y rendre début mars, parle, lui, de "faillite de l'Etat" et veut "un plan d'action global", comme celui annoncé en novembre à Amiens.

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19:31 Publié dans urbanisme | Lien permanent | Commentaires (0)

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