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23/02/2013

L'orientation des écoliers après le collège : le dernier mot revient aux parents

les surlignages sont de moi

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/02/22/des-parents-vont-pouvoir-choisir-l-orientation-de-leurs-enfants-apres-le-college_1837088_3224.html

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Des parents vont pouvoir choisir l'orientation de leurs enfants après le collège

LE MONDE | 22.02.2013 à 11h35

Par Maryline Baumard

Une famille pourra envoyer son enfant en seconde générale contre l'avis des enseignants. Le comité interministériel à la jeunesse du 21 février a décidé de donner le dernier mot aux parents en matière d'orientation à la sortie du collège. Mais seuls quelques territoires seront concernés en juin 2014 par cette petite révolution. C'est en effet en fin de collège que se fait le tri entre ceux qui continuent en seconde générale et technologique et ceux qui partent vers les formations professionnelles (CAP ou bac pro). C'est là que se jouent les destins scolaires.

Difficile de prévoir l'impact d'une telle mesure. Les "victimes" de l'orientation ne sont pas les familles favorisées : 35,5 % d'enfants d'ouvriers se retrouvent en voie professionnelle contre 7 % des enfants de cadres. Bien sûr, une part l'a choisi. Et rien ne dit qu'à l'avenir ces familles oseront braver les décisions des enseignants. A l'heure actuelle, 0,71 % des familles font appel de la décision du conseil de classe de fin de 3e (51,8 % ont gain de cause). Ce faible taux n'est pas forcément la preuve d'une satisfaction générale. Certaines se censurent pour ne pas avoir à affronter l'institution...

En ouvrant ce dossier, le gouvernement prend plusieurs risques. D'abord celui de fâcher les enseignants. Ensuite de déstabiliser un équilibre qui veut que chaque année 36,8 % des sortants du collège aillent en seconde professionnelle et 56,6 % en seconde générale. Des pourcentages très stables.

MARCHE ARRIÈRE

Or, on ne recycle pas des places de lycée pro en places de lycée général d'un coup de baguette magique. C'est la raison pour laquelle "il ne s'agit là que d'une expérimentation limitée qui sera faite sur des territoires représentatifs que nous sélectionnons actuellement", précise l'entourage du ministre de l'éducation Vincent Peillon. En clair, la marche arrière sera facile. Pourtant, le sujet est dans l'air. Cet été, les acteurs de la concertation sur l'école avaient discuté cette spoliation de la décision des familles et, déjà, le rapport final proposait que les parents aient le dernier mot.

C'était aussi une proposition faite par la Cour des comptes dans un rapport publié en décembre 2012, partant du constat que "la procédure d'orientation est incapable de répondre aux objectifs ambitieux de formation d'une classe d'âge. (...) L'orientation reste vécue comme la sanction d'un parcours scolaire : elle sert surtout à discriminer entre bons élèves envoyés dans la filière générale et mauvais élèves. Or dans les textes, l'orientation est la construction d'un parcours de formation choisi par l'élève et non la résultante de ses difficultés scolaires que le système éducatif n'a pas été en mesure de résoudre". Les magistrats demandaient aussi qu'on décale l'orientation de la fin du collège à la fin de la classe de seconde.

L'historien Antoine Prost rappelle que ce sujet qui reparaît n'a en fait jamais été mis en débat. "Oui ou non, l'Etat a-t-il le droit d'imposer à chaque enfant une orientation scolaire, c'est-à-dire celui de lui interdire toute étude autre que celle qu'il lui assigne ? Si l'on veut que le mérite scolaire décide des places sociales, il faut répondre oui. Or, cette réponse n'a jamais été assumée politiquement, car la majorité des Français y étaient hostiles, à commencer par les enseignants qui l'auraient admise pour les enfants des autres mais non pour les leurs. Le résultat fut donc un compromis honteux. Le système public fonctionne comme s'il avait ce droit, et il en use largement envers les humbles", écrivait-il, en 2004, dans Histoire générale de l'enseignement et de l'éducation (Tome IV, Librairie Académique Perrin).

Aujourd'hui, il estime qu'il sera difficile de faire marche arrière sans transformer le système.

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