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05/03/2013

Éducation : le remplacement des profs

lu sur :

http://www.lemonde.fr/education/article/2013/03/04/le-casse-tete-du-remplacement-des-profs_1842278_1473685.html

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Le casse-tête du remplacement des profs

LE MONDE | 04.03.2013 à 11h14 • Mis à jour le 04.03.2013 à 12h25

Par Mattea Battaglia

Le ministre de l'éducation nationale, Vincent Peillon, ne s'est pas encore exprimé sur le sujet. Et pourtant, l'initiative n'est pas banale : des parents d'élèves de Seine-Saint-Denis ont symboliquement déposé au Sénat, mercredi 27 février, une proposition de loi citoyenne pour créer un "droit opposable à l'éducation". Avec un constat : "Tout au long de sa scolarité, un enfant de notre département perd environ une année d'enseignement du fait des absences de professeurs non remplacées", affirme Mathieu Glaymann, membre du Collectif des parents citoyens de Seine-Saint-Denis.

Difficile pour ce père de deux garçons de cacher son exaspération : "Il existe des collèges où des élèves n'ont pas de cours dans certaines disciplines depuis la rentrée ; dans certaines écoles primaires, les enfants n'ont pas eu de maître ou de maîtresses durant plusieurs semaines", regrette-t-il. "Notre département est le plus jeune de France, l'un des plus pauvres, aussi ; il est celui qui connaît la plus forte poussée démographique, mais les moyens qui nous sont attribués restent très en deçà des besoins."

Si la pénurie d'enseignants remplaçants dans le "93", estimée à 250 postes en septembre 2012, est particulièrement vive, elle n'est pas un cas isolé. "Les dysfonctionnements se sont répandus, voire généralisés avec les 80 000 postes supprimés par la droite", assure Jean-Jacques Hazan, président de la FCPE, la principale fédération de parents d'élèves qui, depuis trois ans déjà, réclame qu'un "droit au remplacement" se substitue au "SMA" – le service minimum d'accueil mis en place par Xavier Darcos en 2007. "Les absences d'enseignants ne sont pas plus nombreuses aujourd'hui qu'avant, souligne M. Hazan, ce sont les difficultés pour y remédier qui ont augmenté, parce qu'on ne peut plus compter sur le vivier de remplaçants."

LA MOINDRE HEURE "SANS PROFESSEUR" AFFECTE 20 FOYERS

La profession, statistiquement, n'est pas forcément plus qu'une autre sujette aux absences, bien que les congés maternités soient nombreux dans un métier largement féminisé (à plus de 80 % dans le premier degré). Reste que la moindre journée, la moindre heure "sans professeur" affecte, au bas mot, une vingtaine de foyers.

Or ce sont 5,6 millions de journées d'absence au primaire, et plus de 12 millions d'heures dans le secondaire que l'Inspection générale a recensé, en une année (2009-2010), dans son rapport consacré au remplacement des enseignants absents, rendu public en mai 2012, après avoir été tenu secret près d'un an.

Dans le premier degré, le taux d'absence s'établit à 7,44 % en 2009-2010, avec une "forte dispersion" d'un département à l'autre et une légère augmentation en quatre ans. Absence ou absentéisme ? Les inspecteurs récusent la seconde formulation et ce qu'elle sous-entend : "Cette notion d'absentéisme, qui fait régulièrement l'objet de polémiques, n'a pas paru pertinente dans la mesure où elle porte en elle un jugement a priori sur le niveau d'absence des enseignants comparé aux autres salariés du secteur public ou privé", écrivent-ils, notant l'absence de travaux comparatifs dans la fonction publique.

LES ABSENCES COURTES PROBLÉMATIQUES

En collège-lycée, les absences dites longues (plus de quinze jours), estimées à 10,4 millions d'heures, ne sont pas celles qui semblent poser problème : elles trouvent une solution dans plus de neuf cas sur dix.

Celles inférieures à quinze jours, en revanche (2,5 millions d'heures), sont un casse-tête. "Le taux de couverture varie selon les académies de 11 % à 27 %", précisent les rapporteurs, la moyenne s'établissant à 20 %. C'est "le problème majeur". Et d'en donner une explication : s'il existe un corps d'enseignants remplaçants auxquels on peut faire appel lors des congés maternité ou de longue maladie, c'est aux chefs d'établissement de trouver des solutions pour les absences courtes. Les étudiants ont pu constituer un recours. Mais ils sont moins disponibles depuis la réforme de la formation des enseignants qui a restreint la possibilité de faire des stages. Et c'est à Pôle emploi que les chefs d'établissement vont souvent frapper.

MANQUE DE FIABILITÉ DES CALCULS

Autre problème soulevé par le rapport : le manque de fiabilité des calculs. Ainsi, ne sont comptabilisés que les congés maladie, et pas les congés de formation ou les "autorisations exceptionnelles d'absence" (décès, mariage...). "Cette connaissance imparfaite de la question peut nourrir des fantasmes dans l'opinion", regrette l'historien Claude Lelièvre, "alors que rien n'atteste d'un taux d'absence à la hausse, ou plus important dans ce métier que dans un autre".

Ces "fantasmes" ont été alimentés par plusieurs déclarations tonitruantes, notamment de Claude Allègre qui, le 4 septembre 1997, jour de sa première rentrée de ministre, s'en prenait de façon véhémente à "l'absentéisme" des enseignants, évoquant un mystérieux taux de 12 %. Le soir même, il revoyait le chiffre à la baisse, mais le mal était fait. "Le sujet reste très sensible parmi les enseignants", conclut l'historien, "et d'autant plus explosif qu'il se moque, le plus souvent, des statistiques réelles".

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Le calcul des absences, sujet à caution pour l'Inspection générale

Dans le premier degré public, la Direction générale de l'enseignement scolaire a comptabilisé 5 570 000 jours d'absence en 2009-2010, contre 5 496 000 un an plus tôt (+1,34 %). Ce recensement exclut les absences pour stages de formation, une "approche discutable", écrit l'Inspection générale de l'administration, de l'éducation nationale et de la recherche dans son rapport. Le taux d'absence s'établit à 7,44 % en 2009-2010 (7,3 % un an plus tôt).

Mais "la valeur de cet indicateur est fragilisée par plusieurs biais liés à son calcul", souligne l'Inspection. Première des trente préconisations avancées dans son rapport : "Définir un indicateur partagé entre les directions du ministère et les académies sur le taux d'absence."

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Lire aussi Fonctionnaires : les inconnues de l'absentéisme et Collectivités locales : le poids croissant des temps partiels

Fonctionnaires _ les inconnues de l'absentéisme.pdf

Collectivités locales _ le poids croissant des temps partiels.pdf

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