Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

30/03/2013

Ne vous laissez pas faire ! Prenez exemple sur ce qui suit

lu sur :

http://www.rue89.com/2013/03/28/vieille-tricot-fait-appel-contre-maire-ump-240970

Françoise, 69 ans, vend ses tricots devant les Monoprix du coin. Un dimanche matin, le maire excédé lui aurait dit : « Dégage. » Elle lui a répondu un ton au-dessus.

Quand elle parle, c’est Garance des « Enfants du paradis » de Marcel Carné. Ses formules sont poétiques et cela ne s’entend pas à l’écrit, mais elles sont prononcées exactement avec l’accent qu’il faut, gouailleur. De temps en temps, elle peut être grossière aussi, les mots crus ne l’embarrassent pas, et pour cela, le tribunal l’a condamnée.

Françoise Puyau-Puyalet, vieille dame de 69 ans, tricote dans la rue et vend ses ouvrages pour arrondir ses fins de mois. Ce mercredi matin, à Argenteuil (Val-d’Oise), au bistrot Le Brelan, elle aurait aimé boire un bouillon (« Viandox ») pour se réchauffer. Café finalement et elle raconte son accrochage avec le maire UMP de Sannois, Yanick Paternotte.

L’homme est peu connu, deux moments médiatiques seulement et pas de quoi frimer. Il a été président de la commission en charge de régler le différend Copé-Fillon après les élections internes à l’UMP (la Conare). En décembre dernier, il a été reconnu coupable d’abus de faiblesse.

« Je t’emmerde, salaud »

Décembre 2011. Françoise est installée devant le Monoprix de Sannois, « parce que c’est bien abrité et pour y aller de chez moi, il faut juste traverser le pont ». Comme elle le fait souvent, elle tricote, mendie (avec un petit pot en plastique devant les pieds), et écoute gaiement de la « variétoche ». Le best of de Michèle Torr, peut-être, ou Mike Brant.

Ce matin-là, le maire de Sannois est arrivé d’un coup comme une sonnerie d’école. Selon elle, il lui a dit : « Dégage, tu n’as rien à faire ici. » Elle a répondu : « Je t’emmerde, salaud. »

Le maire a porté plainte pour « outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique » et s’est constitué partie civile. Le procès a eu lieu le 14 mars dernier au tribunal correctionnel de Pontoise. Yanick Paternotte n’était pas présent à l’audience. Françoise Puyau-Puyalet a été condamnée  : 800 euros d’amende avec sursis et 1 euro symbolique de dommages et intérêts (le procureur avait requis trois mois d’emprisonnement avec sursis).

Le tribunal a accordé 500 euros de remboursement de frais d’avocat à Yanick Paternotte, qui en voulait 1 000. A cela s’ajoutent les 90 euros de frais de dossier des condamnés. Françoise Puyau-Puyalet, qui bénéficie de l’aide juridictionnelle, a fait appel le 21 mars parce qu’elle ne peut pas payer cette somme. A la sortie du tribunal, elle a dit :

« On me remet plus bas que terre pour un mot plus haut que l’autre. »

Joint par Rue89, le maire de Sannois n’a pas souhaité réagir, son avocat non plus. Dans Le Parisien, il a quand même dit :

« Il y en a marre de se laisser insulter impunément. On lui avait déjà proposé de régulariser sa situation en intégrant le stand d’une association caritative. Elle avait refusé. »

Françoise Puyau-Puyalet dit que c’est faux et elle assure qu’il a refusé toutes les tentatives de négociation et d’apaisement.

« Je me suis dit “c’est qui çui-là” »

En appel, sa ligne de défense ne bougera pas. Françoise assure qu’elle ne savait pas qu’il était le maire de la ville quand elle l’a insulté :

« C’était un homme en costume cravate, il ne s’est pas présenté, il m’a tutoyée, il n’avait pas de machin bleu blanc rouge sur la veste, je me suis dit “c’est qui çui-là”. Comment j’aurais pu savoir ? Moi, j’habite Argenteuil, pas Sannois. »

Elle dit aussi qu’il y a tellement de jeunes qui insultent des policiers en uniforme « et qui ne sont condamnés à rien ».


Françoise montre un article de presse sur son histoire (Audrey Cerdan/Rue89)

En attendant le prochain procès, elle se bat comme elle peut. Elle a confectionné des petites pancartes, pêle-mêle de photos et d’articles de presse. Et elle nous reçoit, même si elle n’a aucune idée de ce à quoi peut ressembler un site d’info.

Elle nous explique que si le jugement est confirmé en appel, elle sera obligée de vendre des « meubles sentimentaux ». Elle nous montre une feuille sur laquelle ses revenus et ses charges fixes sont inscrites minutieusement (avec des divisons faites à la main). Selon ces calculs, elle n’a que 94,38 euros pour vivre chaque mois. Et rien de côté.

« Je me nourris des “bonjour” »

Comment en est-elle arrivé à tricoter dehors ? Françoise est née en 1944. Son père est mort pendant la guerre d’Indochine. Sa mère s’est remariée et a eu trois autres enfants, qu’elle voit à peine, avec un homme qu’elle appelle « papa ». A 18 ans, elle a eu un accident très violent. Cet événement l’a rendue inapte. Elle ne s’est pas mariée, elle n’a jamais travaillé.

« J’ai fait un mi-temps juste après, mais cela n’a pas tenu. »

Françoise a beaucoup raconté son histoire avant nous. On sent qu’il y a des endroits où elle ne veut pas aller. Mais elle parle beaucoup et avec émotion de sa mère. Quand cette dernière est tombée malade (« Alzheimer » qu’elle prononce « Eyzeimer »), elle s’en est occupée sans s’arrêter, pendant dix ans. « C’était ma mère et mon enfant », dit-elle.

Quand elle est morte en 2010, la vie est devenue compliquée et triste. Moins d’argent (la retraite de sa mère permettait de vivre dignement) et une grande solitude. Le tricot a permis de lutter contre tout ça.

« Je n’ai pas de copine, les copines y en a plein quand ça va bien. Mais je me nourris des “bonjour” et des “bonne journée”. »

Passée à l’émission de Jean-Luc Delarue

Philippe Métézeau, conseiller général du Val-d’Oise, de droite, en charge de l’action sociale de la ville, a écrit une lettre en sa faveur pour le procès. En 2011, ses services l’ont remise à flot quand elle a eu de graves retards de loyer.

« Je crains qu’avec cette condamnation, elle retombe dans une mauvaise spirale. C’est de l’argent public que nous lui avons donné et j’aimerais que ses bienfaits ne soient pas annulés. »


Françoise à Argenteuil le 28 mars 2013 (Audrey Cerdan/Rue89)

Mais, en même temps, il n’est pas si inquiet. Il trouve Françoise intelligente et culottée.

« C’est quelqu’un qui sait se défendre. »

Elle vend des tricots au noir sous les yeux de tout le monde sans être inquiétée. Elle a régulièrement des articles dans Le Parisien.

Françoise Puyau-Puyalet est également passée à une émission « Spéciale Alzheimer » de Jean-Luc Delarue, en février 2008, dont elle a gardé le DVD. Elle a ému des tas de gens, qui se sont mis à chercher son adresse sur les forums de France 2, pour lui envoyer de l’argent.

Elle est devenue une petite célébrité d’Argenteuil et c’est peut-être la raison pour laquelle elle a répondu sur ce ton.

« “La Vie en rose”, pour vous faire plaisir »

Sa tête marche bien aussi très bien quand il s’agit de s’occuper. Françoise nous dit qu’elle passe son temps libre à écrire des poèmes. Elle adore aussi détourner les paroles des chansons (« Prendre un ancien par la main » au lieu de « Prendre un enfant par la main »).

A la fin de l’entrevue, elle dit qu’elle ne mettra plus les pieds à Sannois, elle restera au chaud à Argenteuil, devant le Monoprix de sa commune ou le magasin Babou. Tant que sa santé le lui permet, elle continuera de prendre le bus, avec ses trois sacs en toile cirée, pour aller vendre ses pulls en laine taille enfant (entre 20 et 40 euros).

« Avec les adultes, il y a toujours quelque chose qui ne va pas : ils aiment la forme, mais pas la couleur et ainsi de suite. Je n’en fais que sur commande. »

En nous quittant, pour nous faire plaisir, elle met « La Vie en rose » sur son petit lecteur de disques bleu.

Mis à jour le 29 mars à 11h45 : Philippe Métézeau est « de droite » plus que centriste, ajout d’un conditionnel dans le chapô.

Les commentaires sont fermés.