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20/08/2013

Le travail à la journée intéresse ...

... outre Bordeaux, des villes comme Paris, Lille, Nice, Metz ou encore Pau. Mais pas (pas encore ?) Montpellier.

lu sur :

http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/08/19/un-travail-a-la-journee-pour-sortir-des-jeunes-de-l-errance_3463216_3224.html

Un travail à la journée pour sortir des jeunes de l'errance

LE MONDE | 19.08.2013 à 11h27 • Mis à jour le 19.08.2013 à 16h01 |Par Catherine Rollot (Envoyée spéciale)

Pendant longtemps, le "travail" de Patrick commençait à 15 heures. Après un réveil très tardif, quelques heures de manche lui assuraient la survie journalière. A 21 ans, en rupture familiale depuis l'âge de 17 ans, le jeune homme à la barbichette fait partie de ces jeunes en errance ou en grande précarité qui ne sont ni en emploi, ni en formation, ni au chômage, cibles de la future "garantie jeunes", une allocation qui sera mise en oeuvre à partir de septembre dans une dizaine de territoires.

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Depuis quelques mois, Patrick a retrouvé ce qu'il appelle "un rythme de vie plus normal", grâce au dispositif de travail à la journée Tapaj (travail alternatif payé à la journée), mis en place il y a un an par le Comité d'étude et d'information sur la drogue (CEID), une association bordelaise. Unique en France, ce programme né au Québec en 2000, permet à des jeunes de 18 à 25 ans de trouver une alternative à la manche, et de renouer à leur rythme avec le monde du travail.

PAS D'OBJECTIF DE RENDEMENT NI DE POINTAGE

En ce mardi d'août, ils sont six garçons et une fille à attendre près de l'arrêt du tramway bordelais "Hôtel de police". Il est 10 heures. Beaucoup de visages reflètent les nuits courtes, les excès de la veille ou de longue date, parfois la lassitude d'une vie chaotique. "On y va ?" Agnès Creyemey, animatrice de rue au CEID, donne le signal du départ. Le temps de s'équiper d'un gilet de chantier vert fluo, de binettes, pelles et balais, la petite troupe de jeunes à piercings, tatouages et coupe de cheveux punk se muent en une équipe de cantonniers prête à s'attaquer aux mauvaises herbes des trottoirs bordelais.

Ici, pas d'objectif de rendement ni de pointage. Les jeunes s'inscrivent à Tapaj en fournissant un minimum de documents. L'engagement est d'un mois renouvelable, mais il n'y a pas d'obligation de présence d'une séance à l'autre. Payées 10 euros net de l'heure, les missions de travail n'excèdent pas quatre heures. A la fin de la journée, les jeunes reçoivent un chèque qu'ils peuvent échanger immédiatement dans n'importe quel bureau de poste contre des espèces. Un bulletin de salaire, qui comptabilise le nombre d'heures effectuées, leur est remis chaque mois. "Le dispositif est le plus souple possible", explique Jean-Hugues Morales, éducateur au CEID et l'un des responsables du projet. "Nous avons constaté que les contrats d'insertion classiques sont souvent trop exigeants au regard des conditions de vie de ces jeunes très éloignés de l'emploi, poursuit M. Morales. Ils ont du mal à se projeter au-delà du lendemain, à se présenter à l'heure et correctement, à se comporter en groupe. Ils ont souvent des chiens, qu'ils ne peuvent pas abandonner toute une journée. Il faut aussi leur laisser du temps pour leurs démarches administratives ou médicales, notamment en cas d'addiction. "

Cette absence de contraintes a déjà séduit une quarantaine de jeunes précaires à la rue sur les quelques centaines qui gravitent à Bordeaux. "Avec Tapaj, on gagne 40 euros à la fin de la journée. Ça permet de tenir sans faire la manche tous les jours", explique Matthieu, 24 ans. En rupture familiale, le jeune homme, qui n'a jamais terminé une licence de biologie, vit depuis sept ans de petits boulots et de mendicité. Au fil des matinées de travail, sans pression ni échéance, certains commencent à se projeter un peu plus dans l'avenir. Les envies reviennent. Matthieu se voit "plus tard" travailler dans un métier manuel, la menuiserie ou la pierre. Les liens avec les institutions se renouent aussi. Damien, 25 ans, qui n'a jamais fini sa première de BEP, a repris contact avec la mission locale pour faire un point.

"MARCHEPIED"

L'originalité de Tapaj réside aussi dans sa progressivité. Ceux qui le veulent peuvent s'engager sur des contrats un peu plus longs. Depuis le 1er août, Patrick, en plus des quatre heures d'entretien de la voirie, travaille trois heures trois fois par semaine comme ramasse- chariots chez Auchan. "Avec ces deux boulots, je gagne 130 euros par semaine", explique le jeune homme titulaire d'un BEP de maçonnerie qui, après des années de squat, habite désormais dans un foyer de l'association CEID. Maria, 25 ans, la seule fille du groupe ce jour-là, a commencé une formation dans le domaine de la petite enfance. Dans quelques jours, elle commencera une mission de trois heures, cinq jours par semaine, pour le compte d'ERDF. Avec l'argent de Tapaj, elle a pu réparer le camion dans lequel elle vit avec son compagnon. "Notre programme fonctionne comme un marchepied. Il permet de restaurer, par étapes, la confiance des jeunes dans leur capacité à faire quelque chose", précise Agnès Creyemey du CEID.

Il a fallu trois ans à l'association pour convaincre les partenaires institutionnels et privés de la pertinence de sa démarche. La SNCF, Auchan, ERDF et la mairie de Bordeaux financent le projet sous forme d'heures de travail. Même si les chemins de la réinsertion sont longs, les premiers retours sont encourageants. Une dizaine de jeunes parmi les plus assidus du programme ont intégré des chantiers d'insertion "classiques", ou sont en cours de formation. La démarche suscite l'intérêt de villes comme Paris, Lille, Nice, Metz ou encore Pau qui sont d'ores et déjà candidates pour expérimenter le dispositif dans le cadre du plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives, attendu en septembre.

Lire Les 18-25 ans en grande précarité, cibles de la "garantie jeunes"

Les 18-25 ans en grande précarité, cibles de la "garantie jeunes".pdf

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