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24/05/2014

Une piste pour sauver les platanes du canal du midi

lu sur le Monde :

www.lemonde.fr/societe/article/2014/05/20/pour-sauver..

LE MONDE | 20.05.2014 à 13h45 |Par Stéphane Thépot (Toulouse, correspondance)

Elu en avril, Pierre Polard, le nouveau maire (PS) de Capestang (Hérault) ignore encore combien de platanes centenaires vont à nouveau disparaître des berges de sa petite commune de 3 000 habitants, située au bord du canal du Midi. Plus de trois cents arbres ont déjà disparu du port de plaisance qui s'est développé à la frontière de l'Aude et de l'Hérault. Les camions-grues sont à nouveau attendus à la fin de la saison touristique à Capestang.

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Le maire de Sallèles-d'Aude (Aude) a été le premier à s'opposer aux abattages systématiques préconisés par Voies navigables de France (VNF), l'établissement public qui gère le canal pour le compte de l'Etat. Yves Bastié a refusé les mesures de prophylaxie qui imposent d'abattre même les arbres visiblement non atteints par la maladie dans un rayon de 50 m d'un foyer d'infection.

Avec Patrick Maugard, élu de Castelnaudary et président de l'association des maires de l'Aude, M. Bastié a déployé un intense lobbying pour relancer un traitement chimique de l'épidémie. Un laboratoire de la région toulousaine a testé entre avril 2012 et mai 2013 des micro-injections de produits phytosanitaires sur cinq platanes condamnés à l'abattage. « Les résultats sont étonnants et prometteurs », assure Adeline Renier dans la revue spécialisée Phytoma d'octobre 2013, photographies à l'appui.

Le laboratoire qui a embauché cette doctorante de l'université de Montpellier attend le feu vert du ministère de l'agriculture pour reproduire ses tests officiellement à plus grande échelle. « C'est une pratique courante aux Etats-Unis, mais sans résultats probants à ce jour », nuance un membre du comité scientifique qui conseille VNF pour la gestion de la crise.

Le maire de Capestang, lui, veut y croire« Il faut laisser une chance à la science », dit Pierre Polard. Deux autres protocoles d'essais thérapeutiques ont été soumis à l'approbation du ministère de l'agriculture, seul susceptible d'accorder des dérogations au régime d'abattage réglementaire. Contrairement au « vaccin » annoncé à grand bruit dans la presse locale, ces deux protocoles misent sur le renforcement des défenses naturelles du platane contre le chancre.

De son côté, VNF compte sur les premières replantations pour faire accepter le passage des tronçonneuses. A Capestang, 90 micocouliers ont été plantés cet hiver. Comme les 265 peupliers blancs plantés dans l'Aude, les jeunes pousses du port héraultais figurent parmi les essences dites « intercalaires » que VNF prévoit de disséminer sur 60 % des 241 km de l'itinéraire, de Toulouse à Sète.

Des noyers « américains » (Carya) et des chênes à feuilles de châtaignier ont également fait leur apparition pour la première fois au bord du canal. Ces différentes variétés exotiques vont être expérimentées avec d'autres (liquidambar, chêne des Canaries). Elles seront mises en compétition pendant dix ans avec le « platanor », une variété de platane résistante au chancre, pour constituer « l'espèce jalon » qui représentera à terme 40 % du linéaire.

MORATOIRE

La mort d'un tiers des 150 « platanors » plantés à grand renfort de couverture médiatique en novembre 2011 par Nathalie Kosciusko-Morizet, alors ministre de l'écologie, dans le port de Trèbes (Aude), à la sortie de Carcassonne, n'a pas tari la forte demande des élus locaux pour ces nouveaux platanes hybrides.

Non seulement les plants desséchés vont être remplacés à Trèbes, mais des centaines d'autres platanors ont été plantés à Villeneuve-lès-Béziers (Hérault) et Castelnaudary. En revanche, le tilleul argenté, première espèce choisie par VNF pour remplacer les platanes sur le bief de Villedubert, entre Carcassonne et Trèbes, a été écarté à la demande d'apiculteurs qui soupçonnent cet arbre de littéralement « saouler » leurs abeilles.

Le directeur de VNF, Marc Papinutti, avait annoncé un « moratoire » sur les abattages avant les élections municipales. « Les maires sont désormais contactés avant chaque abattage », affirme Emilie Collet, employée par la direction régionale de VNF à Toulouse pour conduire le vaste programme de replantation du canal. Son tableau de marche prévoyait la suppression de 4 000 platanes en 2014. Ce sont finalement 1 200 arbres qui ont été abattus dans 25 communes de l'Aude et de l'Hérault jusqu'à la mi-mars. Une trêve printanière a été négociée en 2013 avec la Ligue de protection des oiseaux (LPO) pour ne pas gêner la reproduction des rolliers d'Europe.

La trêve dans le conflit des platanes pourrait être de courte durée : VNF a programmé l'abattage de 500 arbres supplémentaires à Capestang dès la fin août. En réaction, Christian Bourquin, le président (PS) du conseil régional de Languedoc-Roussillon, a décidé de suspendre sa participation financière aux abattages de platanes.

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