Midilibre.fr
Tous les blogs | Alerter le modérateur| Envoyer à un ami | Créer un Blog

18/08/2011

Manitas de Plata, le gitan aux doigts d'argent

lu sur :

http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/michel-colomes/manitas-de-plata-le-gitan-aux-doigts-d-argent-14-08-2011-1362694_55.php

Manitas de Plata, le gitan aux doigts d'argent

Lui qui est né dans une roulotte à Sète, en 1921, et n'a cessé de chanter le peuple du voyage, c'est dans un modeste studio d'une HLM pour touristes surplombant le port de la Grande-Motte qu'il vit aujourd'hui. Lui qui répétait toujours à ceux qui lui conseillaient de placer ses économies dans la terre "la terre c'est pour les morts" et ne rêvait sa vie qu'en mouvement a fini par investir dans une banale copropriété pour résidence secondaire de Français moyen d'une station balnéaire qui ne lui ressemble guère.

Dimanche 7 août, Manitas de Plata a tout de même accepté de quitter, pour quelques heures, la pièce-musée décorée de dizaines de photos de ses spectacles et de ses amis, où il habite, pour aller célébrer au Yacht Club de La Grande-Motte sa 90e année. Lui qui a confié ne plus jouer beaucoup, mais "avoir toujours la musique dans la tête", a consenti à plaquer quelques accords de guitare en accompagnant Manolo, un de ceux qui, en Camargue et ailleurs, perpétuent la tradition lancée par celui qu'on a appelé le musicien aux doigts d'argent.

Multimillionnaire en disques vendus

Il y avait, là aussi, le grand photographe arlésien Lucien Clergue, découvreur de cet exceptionnel talent de la musique gitane qui, étrangement, a dû sa première notoriété moins à son art qu'au feu qui, déjà, brillait dans un visage aux traits sauvages. En 1965, Clergue, qui est un passionné du pèlerinage des gitans aux Saintes-Maries-de-la-Mer, expose à New York des photos de la procession, et notamment celle de musiciens gitans. Un producteur américain de ses amis, qui connaît la musique gitane, lui demande s'il peut rencontrer cet homme dont le visage l'a frappé et si ce qu'il joue correspond à cette beauté et cette rudesse. Le contact est établi. Mais comme Manitas refuse absolument de venir aux États-Unis, ce sont les producteurs américains qui iront enregistrer le gitan à Arles.

La légende dit que l'enregistrement dura trois jours et trois nuits dans une chapelle mobilisée pour l'occasion. Le disque est un triomphe aux États-Unis. Ce n'est que le premier d'une série d'enregistrements qui ont fait de Manitas de Plata un multimillionnaire en disques vendus (93 millions, dit-on) et un artiste qui, dans les années 1970-1990, s'est produit au Carnegie Hall de New York, comme au Royal Albert Hall de Londres, a chanté devant la reine d'Angleterre, fait un duo avec Charlie Chaplin, séduit Brigitte Bardot, roulé en Rolls-Royce dans les rues des Saintes-Maries-de-la-Mer, mais qui chaque année, en mai, à l'occasion de la fête des gitans, venait chanter pour le plaisir, chez son amie Henriette Eyssette au mas de Clarousset.

Fragile survie

Manitas ne laissera pas seulement un phrasé de guitare unique, une légèreté inimitable dans les arpèges, une sonorité dans ses accords qui, autant que sa voix rauque, vous prend aux tripes. En 1965, lorsqu'il est allé à New York pour ses premiers concerts (en prenant le bateau), il a obtenu de U Thant, alors secrétaire général de l'ONU, la création d'une représentation permanente des gitans aux Nations unies.

Pour avoir, dans les années 1940, échappé par miracle à la déportation parce que les Feldgendarmes qui l'avaient arrêté avaient été subjugués par son talent, Manitas de Plata n'a jamais oublié que la survie de son peuple reste fragile. Nomade avant tout, il est insaisissable et n'obéit souvent qu'à ses règles et ses traditions. La reconnaissance qu'il a obtenue de la communauté internationale est un héritage dont le peuple gitan devrait lui savoir éternellement gré.

REGARDEZ le 90e anniversaire de Manitas de Plata au Yacht Club de La Grande-Motte :